C’est un constat amer, mais nécessaire : l’Union Nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI) traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire. Depuis six ans, notre organisation s’enlise. D’année en année, l’élan collectif s’est effrité. L’esprit de famille a cédé la place à la méfiance. L’unité, jadis notre force, s’est fissurée.Beaucoup parlent d’une erreur de casting. L’arrivée à la tête de l’Union d’un dirigeant dont le projet, au lieu de rassembler, aurait progressivement installé la division. Complicité de certains ? Instrumentalisation de la naïveté d’autres ? L’histoire en jugera. Mais le résultat est là : la fracture est profonde.Le mercredi 25 février 2026 marque un tournant. Une nouvelle tentative de se maintenir à la tête de l’organisation a ravivé les tensions. Une question brûle toutes les lèvres : qu’est-ce qui n’a pas été accompli en six années de mandat qui pourrait l’être en quelques jours supplémentaires ? L’argument de la continuité peine à convaincre quand le bilan demeure entouré de zones d’ombre.L’image biblique du roi Salomon illustre tristement la situation. Face à deux femmes revendiquant la maternité d’un enfant, le roi propose de le couper en deux. La vraie mère refuse le sacrifice. À l’UNJCI, le risque est similaire : préférer la division à la transmission apaisée. Or, une organisation professionnelle n’est pas un butin. Elle est un héritage commun.En 2022 déjà, des signaux d’alerte étaient perceptibles. Lors de la présentation du bilan, les interrogations légitimes de confrères sont restées sans réponses claires. Le refus de débattre, la crispation, et les incidents qui ont suivi ont laissé des traces. Une organisation qui ne rend pas compte à ses membres affaiblit sa propre crédibilité.Aujourd’hui, la rupture porte un nom : Jean-Claude Coulibaly. Là où les anciens présidents ont œuvré à bâtir une maison commune, la dynamique actuelle donne le sentiment d’une fragmentation. Six années auront suffi à installer un climat de suspicion durable.Mais l’histoire ne s’arrête pas là.Depuis le jeudi 26 février, une réalité juridique s’impose : l’ex-président ne peut plus se prévaloir d’un mandat arrivé à son terme. La décision de justice suspendant un premier congrès ordinaire n’était pas symbolique. Elle engageait le respect strict des textes de notre organisation et de la justice ivoirienne. Défier cette décision fragilise l’institution elle-même.Il est donc essentiel que les partenaires de l’UNJCI, institutionnels comme privés, prennent acte de cette situation. Jean-Claude Coulibaly n’est plus, depuis jeudi 26 février, le président de l’UNJCI. Toute signature, tout engagement pris en dehors du cadre légal expose à l’irrégularité. L’UNJCI mérite mieux que des actes posés dans la confusion.Cependant, au-delà des hommes, c’est l’institution qui doit survivre. Les journalistes ivoiriens ont bâti cette Union pour défendre la liberté de la presse, la solidarité professionnelle et l’éthique. Aucun dirigeant, passé ou présent, ne peut emporter cette œuvre collective dans sa chute.Le 2 mars prochain peut marquer le début d’une nouvelle étape. Non pas celle d’un camp contre un autre, mais celle d’un sursaut collectif. Le moment est venu de choisir : perpétuer la division ou restaurer l’unité.L’UNJCI n’appartient à personne. Elle appartient à ses membres. À chacun de nous d’écrire la suite de son histoire — avec responsabilité, courage et fidélité à nos textes.
Jules Eugène N’DA
N° UNJCI 00272